2 Le Modèle UGT
2.1 Introduction
L’un des principaux objectifs de l’économie a toujours été la compréhension des différences économiques entre les pays et les régions du monde à long terme. Il suffit de lire le titre du plus célèbre ouvrage d’Adam Smith: “Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations”. De nos jours, les écarts de PIB par tête entre économies restent considérables, comme l’illustre la distribution pour 2021 ci-dessous. Ces écarts importants s’observent aussi au sein de chaque continent.

Pour améliorer notre compréhension de ce sujet, différents modèles illustrent certains aspects liés à la croissance économique et à ses causes. Ainsi, on propose les causes suivantes de la croissance économique:
- Accumulation des facteurs de production :
- Capital physique (Solow, 1956 ; Ramsey, 1928 ; Cass, 1965 ; Koopmans, 1965)
- Capital humain (Lucas, 1988)
- Le progrès technologique :
- Croissance endogène (Romer, 1990 ; Aghion et Howitt, 1992)
Dans le modèle de Solow, les rendements décroissants de l’accumulation du capital peuvent produire une convergence conditionnelle vers des états stationnaires propres à chaque économie. Une convergence absolue vers un même niveau de revenu par tête exige notamment que les économies aient les mêmes paramètres structurels. Les modèles de croissance endogène, quant à eux, ne prédisent pas nécessairement la convergence. La figure suivante compare le revenu par tête relatif aux États-Unis en 1970 et en 2010. Une convergence vers les États-Unis placerait les observations initialement pauvres au-dessus de la droite à 45 degrés. Dans la figure, la droite ajustée se situe légèrement au-dessus de cette droite pour les faibles revenus initiaux et légèrement en dessous pour les revenus élevés, ce qui suggère une faible convergence.

2.1.1 Théories néoclassiques et croissance
Les modèles modernes de croissance, qu’il s’agisse des modèles néoclassiques d’accumulation du capital ou des modèles de croissance endogène, ont connu un certain succès pour expliquer le processus de croissance économique pendant la période moderne. Ainsi, en partant des hypothèses de base, ils montrent comment le capital physique et le capital humain s’accumulent et contribuent à générer de la croissance économique.
2.1.1.1 Manque de convergence
Plus en détail, ce qui est important, c’est l’accumulation du capital par tête, c’est-à-dire que, même si une économie voit sa population augmenter, le capital augmente à une vitesse supérieure. Dans le modèle de Solow sans progrès technologique, les rendements décroissants conduisent le capital par travailleur vers une constante.1 Avec un progrès technique augmentant le travail, c’est le capital par unité de travail efficace qui devient constant, tandis que le capital et la production par tête continuent de croître. Selon l’hypothèse de convergence, les précurseurs de l’industrialisation devraient montrer une croissance plus faible à mesure qu’ils approchent de leur état stationnaire. Au contraire, les pays qui ont débuté leur processus d’industrialisation plus tard devraient montrer un taux de croissance plus important. La droite ajustée de la figure présente une légère pente négative, compatible avec une faible bêta-convergence inconditionnelle, même si les observations sont dispersées et influencées par quelques valeurs extrêmes.
Note: Le type de convergence pour lequel on compare le taux de croissance et le niveau initial du revenu par tête s’appelle la “bêta-convergence”.

2.1.1.2 Lien entre technologie et revenu à l’époque malthusienne
Une deuxième limitation des théories néoclassiques est leur focalisation sur le processus de croissance moderne. Ainsi, ces théories ignorent presque la totalité de l’existence d’Homo sapiens sur Terre. En effet, toutes les théories néoclassiques essaient de présenter des facteurs de croissance qui ont été importants pendant les derniers siècles, plus ou moins depuis la révolution industrielle. Or, Homo sapiens existe depuis environ 300 000 ans et la majeure partie de son existence est complètement ignorée. Ce qui est encore plus important, l’existence humaine est caractérisée par un mode de vie que l’on connaît sous le nom d’époque malthusienne.
Encore plus important, l’époque malthusienne, qui comprend plus de 99 % du temps d’existence de l’humanité, se caractérise par le fait qu’une amélioration technologique augmentait temporairement le revenu par tête, puis que la croissance de la population le ramenait à long terme vers son niveau malthusien.2 Ainsi, durant cette période, une meilleure technologie se traduisait à long terme par une population plus nombreuse et non par un revenu par tête durablement plus élevé.


Or, les théories néoclassiques impliquent directement qu’une amélioration de la technologie est liée à une augmentation du revenu par tête, à court comme à long terme. Ainsi, cette opposition entre modèle et réalité montre que les modèles néoclassiques sont incapables d’expliquer la totalité du processus de croissance économique.3 Cela reste important car, comme on le verra lors du cours, comprendre les raisons pour lesquelles certaines sociétés ont abandonné l’époque malthusienne plus tôt a des conséquences sur la croissance moderne.
2.1.1.3 Transition démographique
De manière similaire, les théories néoclassiques sont incapables d’expliquer la transition démographique. La transition démographique est le passage d’un régime de mortalité et de natalité élevées à un régime où elles sont faibles, la baisse de la mortalité précédant généralement celle de la natalité. La réduction du taux de natalité a des répercussions profondes sur le développement économique. De manière succincte, pendant l’époque malthusienne, les améliorations technologiques se traduisaient par des augmentations du taux de natalité ou du taux de survie des enfants, de sorte que le revenu disponible par personne revenait à long terme à son niveau initial. En revanche, quand le nombre d’enfants diminue, chaque amélioration technologique permet d’augmenter durablement le revenu par tête. Autrement dit, pendant l’époque malthusienne, le nombre d’enfants s’ajustait de sorte que le revenu par tête revenait à son niveau d’équilibre. C’est-à-dire que, si chaque personne avait besoin d’un certain nombre de calories pour survivre, la population augmentait jusqu’à ce que tout le monde obtienne exactement ce nombre de calories. Quand le nombre d’enfants diminue, une amélioration technologique permet à chacun d’avoir accès à plus de ressources, dont une partie peut être consacrée à l’investissement dans le capital humain des enfants afin d’augmenter leurs connaissances et leur productivité future.
2.2 La théorie unifiée de la croissance économique
Pour répondre aux enjeux précédents, la théorie unifiée de la croissance a notamment été formalisée par Galor et Weil (2000), puis développée et synthétisée par Galor (2005, 2011). L’objectif de cette théorie est de présenter un modèle de croissance économique qui permet, à la fois, de comprendre les époques malthusienne, post-malthusienne et moderne. Sans entrer dans les détails, il existe différents modèles économiques pour chaque période, mais aucun n’est capable de reproduire tout le processus de croissance économique depuis l’apparition des êtres humains. Or, la théorie unifiée de la croissance économique est la réponse à ce défi intellectuel. La théorie traverse les trois périodes historiques de l’humanité et est capable d’expliquer la transition d’une période vers la suivante. Du point de vue économique, le modèle s’appuie fortement sur l’interaction entre le développement technologique, la fécondité des familles et l’investissement dans le capital humain.
Mathématiquement, le modèle est complexe et, donc, au lieu de l’étudier en détail, nous allons nous concentrer sur les prédictions qui s’en dérivent pour chaque époque : malthusienne, post-malthusienne et moderne. Ainsi, lors de ce cours, nous suivrons des articles scientifiques qui s’appuient sur les idées de la théorie unifiée de la croissance économique pour expliquer le développement économique et les écarts que l’on constate dans le monde.
- L’effet persistant des conditions initiales biologiques,
- l’effet persistant des conditions initiales géographiques,
- l’importance de la culture, des institutions et de la génétique pour le processus de développement.
L’évolution des variables qu’intègre le modèle génère trois grandes époques selon leurs valeurs: époque malthusienne, époque post-malthusienne et époque moderne. Chacune des époques se caractérise par une combinaison particulière des variables, ou des dynamiques des variables, sous-jacentes suivantes:
- Fécondité et sa relation avec le revenu par tête (positive ou négative).
- Investissement dans l’éducation (positif ou nul).
Enfin, il faut signaler que chaque époque a une durée temporelle différente. Ainsi, l’époque malthusienne est la plus longue, s’étendant de l’apparition des êtres humains modernes jusqu’au XVIIIe siècle pour les pays développés. Ensuite, l’époque post-malthusienne couvre les XVIIIe et XIXe siècles et, à partir de ce point-là, on entre dans l’époque moderne. Enfin, avant d’entrer dans le détail, il est nécessaire de décrire le rôle de l’éducation dans le modèle.
2.2.1 Éducation et capital humain dans le modèle unifié de croissance économique
Dans le modèle unifié de croissance économique, les parents investissent dans l’éducation des enfants parce qu’ils retirent de l’utilité de leur niveau de capital humain, et celui-ci est fortement influencé par le niveau d’éducation. L’hypothèse selon laquelle les parents préfèrent avoir des enfants éduqués est une manière simple et typique de représenter des préférences plus complexes:
- Les parents s’intéressent au salaire futur des enfants, et le salaire augmente avec le niveau éducatif.
- Les parents ont une simple préférence pour l’éducation.
Une nouveauté de la théorie unifiée de la croissance économique est qu’elle introduit la possibilité que le capital humain se déprécie, et la vitesse de cette dépréciation est une fonction du rythme du progrès technologique (voir ci-dessous). En plus, on suppose que tous les enfants sont équipés d’un certain niveau de capital humain, même si leurs parents n’investissent pas dans l’éducation. Ces deux hypothèses, innocentes en principe, ont de profondes conséquences sur l’évolution de l’éducation.
2.2.1.1 Dépréciation du capital humain
La première hypothèse peut s’expliquer de la manière suivante. Imaginons une société dans laquelle le niveau technologique est faible et ne change pas. Alors, tout ce que l’on apprend pendant la jeunesse, un métier par exemple, va rester utile toute la vie. Par exemple, si l’on apprend à utiliser une scie ou un marteau, ces connaissances restent valides tant que les outils ne changent pas. Lorsque le progrès technologique est faible, le rendement marginal de l’éducation peut être insuffisant pour justifier son coût dans le modèle; cela ne signifie pas que l’éducation ne procure aucun avantage. En revanche, si l’on suppose que la technologie change rapidement, il est possible que les outils de demain ne soient pas une scie et un marteau, mais une scie contrôlée par ordinateur et un marteau pneumatique. Dans ce cas-là, les connaissances acquises pendant la jeunesse sont vite dépassées et, par conséquent, les enfants qui reçoivent une éducation seront mieux équipés pour s’adapter à la nouvelle situation. Ainsi, les parents doivent procurer une éducation à leurs enfants pour amortir la dépréciation du capital humain due au progrès technique.
2.2.1.2 Niveau minimal de capital humain
Comme on l’a dit auparavant, il est raisonnable que, même sans un investissement exprès en capital humain, un certain niveau soit toujours atteint. Par exemple, on apprend certaines choses, y compris des métiers, par la simple observation.
2.2.1.3 Implications
Les implications de ces hypothèses sont claires: Vu que les enfants sont équipés d’un niveau minimum de capital humain et que la demande d’éducation est faible lorsque le progrès technologique est lent, les investissements en éducation ne deviendront positifs qu’avec le temps. Autrement dit, quand les ressources sont peu abondantes, les parents préfèrent les affecter à la nourriture et au nombre d’enfants plutôt qu’à l’éducation. Dans la version présentée du modèle, l’investissement éducatif devient positif lorsque le progrès technologique accroît suffisamment la demande de capital humain.
2.2.2 Changement technologique
Pour finir, le modèle postule que la technologie avance grâce à deux effets:
- D’un côté, on suppose que les gens ont, de manière aléatoire, de nouvelles idées qui augmentent le niveau technologique. Ainsi, une population plus large aura une probabilité plus élevée de produire une nouvelle idée et, par conséquent, le progrès technologique sera plus important.
- De l’autre côté, l’investissement dans l’éducation pousse le niveau technologique, car les personnes ayant davantage de connaissances ont une probabilité plus élevée d’inventer et d’innover.
2.3 Époques du modèle unifié de croissance économique
2.3.1 Époque malthusienne
Cette période représente la plus longue durée du modèle et comprend le temps entre l’apparition des êtres humains modernes (Homo sapiens) il y a environ 300 000 ans et le début du XVIIIe siècle. L’époque malthusienne se caractérise par l’absence d’effet à long terme des développements technologiques sur le revenu par tête. C’est-à-dire que les améliorations technologiques permettant de produire davantage augmentent temporairement le revenu par tête, avant que la croissance de la population ne le ramène vers son niveau d’équilibre. Or, pendant cette période, la production additionnelle était consacrée à l’augmentation de la fécondité: les familles avaient plus d’enfants.4 Ainsi, pendant l’époque malthusienne, les sociétés les plus avancées sur le plan technologique ne montraient pas un revenu par tête durablement plus élevé, mais une plus grande densité de population.
Ce type de dynamique, qui génère une augmentation de la population avec chaque progrès technique, peut être représenté à l’aide de préférences incluant un niveau minimal de consommation.5 Ce niveau doit toujours être atteint. Or, chaque fois que la technologie s’améliore (de manière aléatoire), les revenus disponibles additionnels seront utilisés pour augmenter le nombre d’enfants. Le graphique suivant illustre la situation:

Quand le revenu par tête est faible, sans la restriction de consommation minimale (ligne verte), les familles souhaiteraient consommer peu. Mais elles sont obligées de consommer au moins la quantité minimale. L’optimum devient donc la combinaison de la consommation minimale et du nombre d’enfants qu’elles peuvent avoir, compte tenu du coût de chaque enfant: \(y = c + \rho y n \implies n = \frac{y-c}{\rho y}.\) À tout moment, la technologie peut s’améliorer, notamment parce que la population augmente. Ainsi, lorsque cela se produit, le revenu par tête augmente et la contrainte budgétaire orange se déplace vers la droite. Or, tant que la contrainte de consommation minimale reste contraignante, la décision optimale demeure la même: consommer le minimum et utiliser ce qui reste pour avoir des enfants. Le graphique montre cela avec les points rouges, qui sont toujours sur la ligne de consommation minimale verte, mais de plus en plus haut. Ainsi, chaque fois que la population augmente plus rapidement, cela contribue à accélérer le progrès technologique.
2.3.1.1 Conclusions de l’époque malthusienne
- Corrélation positive entre:
- Technologie et densité de population
- Productivité agricole et densité de population
- Pas de corrélation significative entre:
- Revenu par tête et technologie
- Revenu par tête et productivité agricole
- Les pays les plus avancés du point de vue technologique et les plus productifs:
- Densité de population supérieure
- Pas de différence en revenu par tête.
2.3.1.2 Validation
Ashraf and Galor (2011) testent empiriquement ces conclusions pour l’époque malthusienne.
D’abord, ils montrent que les pays ayant des terres plus adaptées à l’agriculture ont atteint une plus grande densité de population vers 1500, mais que leurs habitants ne jouissaient pas d’un revenu par tête plus élevé.


Ensuite, ils se concentrent sur le lien entre technologie, densité de population et revenu par tête. L’enjeu dans ce cas est le fait que la taille de la population influence la technologie, et donc il faut être attentif du point de vue économétrique. Pour résoudre le problème, Ashraf et Galor approximent le niveau technologique par le nombre d’années écoulées depuis la révolution néolithique, c’est-à-dire depuis qu’une société a adopté l’agriculture. L’idée de base, tirée de Jared Diamond (1997), indique que les sociétés qui ont adopté l’agriculture pouvaient produire davantage que les chasseurs-cueilleurs et généraient donc un surplus de ressources. Ces ressources excédentaires permettaient à une partie de la population de se consacrer à des tâches ne produisant pas de nourriture et de développer le langage écrit, la science, etc. En premier lieu, ils montrent que les pays et régions qui sont passés plus tôt à l’agriculture ont bénéficié d’un avantage technologique qui se manifeste dans toute une série de variables mesurant le niveau technologique:

Enfin, ils montrent qu’effectivement, les pays ayant un niveau technologique plus élevé avaient une plus grande densité de population en 1500, mais pas un revenu par tête plus élevé.



2.3.2 Époque post-malthusienne
Enfin, on arrive à une situation dans laquelle la contrainte de consommation minimale n’est plus contraignante: à partir de ce point-là, les familles décident d’avoir un nombre constant d’enfants et d’utiliser tout le revenu qui reste pour financer leur consommation. Cette deuxième période est caractérisée par le fait que la technologie avance plus rapidement grâce à l’augmentation de la population qui a eu lieu pendant l’époque malthusienne. En revanche, le rythme du progrès technologique est encore insuffisant pour susciter des investissements dans l’éducation. Enfin, le trait distinctif de la période post-malthusienne est la hausse du revenu par tête. En effet, le nombre d’enfants par parent reste constant, comme à la fin de la période malthusienne, car les parents n’investissent pas encore dans l’éducation. Par contre, comme la technologie ne cesse d’augmenter, la seule conclusion possible est que le revenu par tête doit augmenter aussi.
Pourtant, ce passage de l’époque malthusienne à l’époque post-malthusienne peut déjà générer des différences de revenu par tête entre pays et régions. Par exemple, les pays qui, pour une raison ou une autre, ont achevé plus tôt leur époque malthusienne verront leur revenu par tête augmenter, tandis que ceux qui restent encore dans le système malthusien montreront un niveau de revenu par tête constant au cours du temps.
2.3.2.1 Validation
Selon la discussion ci-dessus, les pays qui ont commencé leur transition démographique plus tôt devraient montrer un niveau de revenu par tête plus élevé. Ce lien devrait exister, car une transition démographique précoce permet au revenu par tête d’augmenter depuis plus longtemps. La figure 7 de Galor (2012) documente une corrélation positive entre le temps écoulé depuis la transition démographique et le revenu par tête en 2000, sans établir à elle seule un effet causal:

2.3.3 Époque moderne
Rappelons que le progrès technologique n’a pas cessé de s’accélérer pendant la période post-malthusienne. Le progrès technologique s’est tellement accéléré que les parents jugent nécessaire d’investir dans l’éducation pour éviter que le capital humain de leurs enfants se déprécie. Ainsi, le rythme du progrès technologique finit par atteindre le seuil critique à partir duquel les parents sont prêts à investir dans l’éducation. Une autre possibilité serait que le revenu par tête soit suffisamment élevé pour que les parents décident d’investir dans l’éducation, mais, selon Galor, les données empiriques ne concordent pas avec cette explication. En tout cas, la conclusion est la même: à l’époque moderne, les parents décident d’investir dans l’éducation. Cela entraîne un effet direct:
- Le coût de chaque enfant augmente, car les parents lui fournissent désormais une éducation. Ainsi, les familles décident d’avoir moins d’enfants, mais de leur offrir plus d’éducation. On appelle cet arbitrage le “quality-quantity trade-off”: les familles échangent le nombre d’enfants contre leur qualité. Comme l’éducation augmente le coût total de chaque enfant, les familles substituent la qualité à la quantité et réduisent leur fécondité.
- On observe une corrélation négative entre revenu et nombre d’enfants.
- On appelle ce processus la “transition démographique”.
En plus, maintenant que les enfants reçoivent une éducation, la technologie augmente encore plus rapidement. En effet, l’éducation complète le rôle de la taille de la population et prend une importance croissante dans la détermination de la vitesse du progrès technologique. Enfin, la combinaison d’une population qui augmente plus lentement et une technologie qui s’améliore plus rapidement implique que le revenu par tête augmente de manière soutenue.
2.3.3.1 Conclusions de l’époque moderne
- Corrélation positive entre:
- Revenu par tête et dépense en éducation
- Corrélation négative entre:
- Revenu par tête et fécondité
2.4 La théorie unifiée de la croissance économique et les inégalités économiques
La théorie unifiée de la croissance économique propose un nouveau paradigme de croissance économique qui comprend l’intégralité de l’histoire humaine. En résumé, les principaux facteurs de la croissance économique sont l’évolution de la technologie et la demande de capital humain. Ainsi, on peut penser que tout facteur qui donne un avantage concernant ces deux éléments est capable de générer des différences économiques entre régions. Voici quelques exemples que nous allons voir en cours:
- Géographie:
- Conditions biogéographiques conduisant à la révolution néolithique (Diamond, 1997)
- Maladies, espérance de vie et investissement en capital humain (Andersen, Dalgaard et Selaya, 2016)
- Culture conduisant à l’innovation (Özak, 2018)
- Caractéristiques transmises intergénérationnellement:
- Préférences pour le présent et le futur (Galor et Özak, 2016)
- Diversité (Ashraf et Galor, 2013)
- Colonialisme:
- Partition des groupes ethniques par les frontières coloniales (Michalopoulos et Papaioannou, 2016)
- Esclavage (Nunn, 2008)
Bien entendu, cela est seulement vrai si les conditions exogènes ne changent pas.↩︎
Voir la section correspondant à l’époque malthusienne.↩︎
Il faut indiquer qu’expliquer la totalité du processus de croissance n’a jamais été l’objectif des théories néoclassiques et que cela ne représente donc pas une faille des modèles.↩︎
Soit les familles avaient plus d’enfants, soit les enfants avaient une plus grande probabilité de survie. En tout cas, la taille de la population augmentait.↩︎
Dans le modèle, les préférences des parents incluent le niveau de capital humain des enfants. Comme, à l’époque malthusienne, les parents n’investissent pas dans l’éducation, nous ignorons cette composante de l’utilité des parents.↩︎